Category: Le 14e et le cinéma

On tourne dans le 14e

 Le 14e offre un éventail inestimable de décors naturels pour les réalisateurs.

 Emblématique, le tournage de la scène finale du film A bout de souffle (1960) de Jean-Luc Godard, dans laquelle Jean-Paul Belmondo, alias Michel, est abattu par la police devant le 11, rue Campagne-Première. D’autres lieux sont le cadre de nombreux films : la Tour et la gare Montparnasse, le restaurant La Coupole, la Fondation Cartier, la mairie du 14e, l’hôpital Broussais, le parc Montsouris et la Cité universitaire sans oublier l’Observatoire de Paris.

Sans prétention d’exhaustivité voici quelques coups de projecteurs sur des tournages. En 1972, la façade de l’ancienne gare Montparnasse (démolie en 1969 pour laisser la place à la Tour éponyme) est reconstituée en stuc pour le tournage du film Chacal (franco-britannique de Fred Zinnemann) ; seront réellement tournés dans la gare Chaos (2001) de Coline Serreau et L’Amour en fuite (1978) de François Truffaut. L’action du film La Tour Montparnasse infernale (2001), une comédie de Charles Nemes, se déroule en totalité dans la Tour et sur les échafaudages extérieurs de deux laveurs de carreaux, seuls témoins d’une prise d’otage. Mais les décors du 52ème étage ont été entièrement reconstitués dans les hangars d’une ferronnerie de Viry Chatillon. Une curiosité dans le même secteur de l’arrondissement : 7 ans de mariage (2003) est tourné par Didier Bourdon au 19, rue de la Gaité, une des nombreuses boutiques vendant des films “érotiques” (Canal X Vidéo).

 Entre Santé et Cité U

La prison de la Santé fait partie de ces décors qui jouent un rôle important dans le déroulement de certaines histoires mais, mis à part quelques scènes filmées aux alentours de la prison, l’essentiel est entièrement reconstitué en studio. Ainsi, pour Ces Messieurs de la Santé (1933) de Pierre Colombier ; Hôtel du Nord (1938) de Marcel Carné ; Garou, Garou, le passe muraille (1950) de Jean Boyer ; Le Trou (1960) de Jacques Becker ; la scène d’ouverture de L’Incorrigible (1975) de Philippe de Broca ; Laisse béton (1984) de Serge Le Péron ou bien sûr Mesrine (1984) d’André Génovès qui raconte la vie de celui qui fut le premier à s’évader de la prison parisienne. La scène de La Fille de l’air (1992) de Maroun Bagdadi dans laquelle Béatrice Dalle pose son hélicoptère dans la cour de la prison de La Santé pour faire évader son mari est en réalité tournée à la Cité universitaire tandis que les autres séquences sont tournées à la Médiathèque de Haguenau, qui fut autrefois une prison.

 De Montparnasse à la rue Daguerre

La Coupole sert de cadre à La Boum de Claude Pinoteau, qui fut un triomphe en 1980 et à Monsieur Klein (1976) de Joseph Losey tandis qu’à La Rotonde est tourné Jet Set (2000) réalisé par Fabien Onteniente. Dans le quartier Hallé l’une des dernières scènes du film Le Bon plaisir (1984) de Francis Girod se situe à l’angle de la rue Ducouëdic et de l’avenue René-Coty alors que Catherine Deneuve y habite une somptueuse maison villa Hallé. La cérémonie de mariage dans Lune de fiel (1992) de Roman Polanski se déroule à la mairie du 14e. Le Jules et Jim (1962) de François Truffaut, qui raconte l’histoire d’une relation d’amitié entre deux hommes, l’un allemand, Jules, l’autre français, Jim, amoureux de la même femme, utilise comme décor un appartement situé au 7, rue de l’Eure. Hasard de l’histoire ? Stéphane Hessel demeure non loin de là : or, sa mère, Helen Grund, est l’héroïne du roman autobiographique Jules et Jim d’Henri-Pierre Roché popularisé par le film de Truffaut.

La Cité universitaire et le parc Montsouris constituent des lieux privilégiés. La Cité internationale attire de nombreux cinéastes car, étant un espace privé, un tournage dans son enceinte ne nécessite pas d’autorisation préfectorale : Le cri de la soie (1996) drame d’Yvon Marciano, La Beuze (2002) de François Desagnat, Le roman de Lulu (2000) de Pierre-Olivier Scotto. Le parc Montsouris a accueilli le tournage des Rendez-vous de Paris (1995) d’Eric Rohmer. Agnès Varda, pour Cléo de 5 à 7 (1961) à la renommée mondiale, y a placé une scène importante où la belle Cléo, en attente d’un résultat d’examen médical, rencontre un soldat en permission. Ils vont ensemble prendre le bus 67. Cléo habite rue Huyghens, circule rue Delambre et boulevard Edgar-Quinet. On la voit près de l’ancienne gare Montparnasse et un taxi l’emmène du boulevard Raspail au parc Montsouris. Varda a aussi tourné Le Lion volatil où le lion de Belfort est remplacé par son chat. Un grand documentaire Daguerréotypes (1975), représente les commerçants et les habitants d’une partie de la rue où elle habite depuis le début des années 50. Elle y a établi sa maison de production Ciné-Tamaris. Pour Les Plages d’Agnès (2007) on a vu apparaître une “Daguerre plage”. C’est dire si le 14e est son décor de prédilection.

 François Heintz

(Article paru dans le numéro 97 de La Page)

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